Beauté orientale et Muscatel : des thés rares et mordus

Beauté orientale et Muscatel : des thés rares et mordus

Certains thés, parmi les meilleurs que j’ai eu l’occasion de déguster, doivent leur saveur unique à un heureux accident. Leur parfum original est dû à la morsure d’un insecte. L’un vient de Taïwan (Beauté orientale), l’autre de l’Himalaya (Muscatel).

Beauté orientale et paoli

Paoli Jacobiasca Formosana est le nom d’un minuscule insecte qui, l’été venu, sur l’île de Taïwan , s’abrite de la chaleur sous les feuilles du camellia sinensis. Puis ce moucheron mord les extrémités de la feuille de thé. Cet accident de la nature provoque une réaction de défense de la plante et la modification chimique de la structure de la feuille, et donne naissance à de nouveaux composés aromatiques. La magie de la nature à l’oeuvre.

Le thé issu de ce heureux hasard s’appelle Beauté orientale, Bai Hao Wulong ou encore Dong Fang Mei Ren. Il s’agit d’un thé oolong, c’est à dire en partie oxydé. Seules les feuilles piquées sont récoltées durant la saison estivale, ce qui nécessite un savoir-faire bien particulier, et donc un prix élevé. En outre, afin de préserver l’action de ce précieux moucheron, l’utilisation d’insecticides est proscrite. Les plantations sont ainsi bio de fait.

C’est un thé rare extrêmement riche gustativement, aux notes sucrées à la fois florales, boisées et fruitées : figue, raisin, pruneau, miel, vanille, épices, bois exotique, géranium…les notes aromatiques s’enchaînent imprimant dans votre mémoire olfactive une impression unique. On le surnomme parfois “le champagne du thé oolong”.

Muscatel et jassid

Dans la même idée, on trouve le cousin du moucheron paoli en Himalaya. Il s’appelle le Jassid et procède de la même façon sur les récoltes d’été, en Inde (Darjeeling) et au Népal, dans quelques rares jardins. Le précieux insecte suce le jus des tendres feuilles et des bourgeons, ce qui provoque une réaction chimique de la plante, ainsi que la production de terpene. Cette molécule crée un arôme naturel de raisin miellé lors de l’oxydation, processus qui doit intervenir rapidement après le travail de l’insecte afin d’en préserver toutes les saveurs. Là encore, comme à Taïwan, le savoir-faire des planteurs est déterminant afin de préserver les arômes en maîtrisant le processus de production.

Le thé noir (complètement oxydé) produit de cette façon a été baptisé Muscatel , du fait de son parfum suave de raisin mûr. On le retrouve dans certains thés Darjeeling d’été (second flush) et quelques thés népalais.

Sérendipi-thé

Le heureux hasard, c’est aussi ça la magie du thé : découvrir des thés exceptionnels créés par un accident naturel.

 

Sources :

  • Worldteanews, Sanjay Guha
  • Thé, histoire, terroirs, saveurs de la Maison de thé Camellia Sinensis
  • Tea sommelier de Francois-Xavier Delmas et Mathias Minet, éd Chêne
  • Le guide de dégustation de l’amateur de thé de Francois-Xavier Delmas, Christine Barbaste et Mathias Minet, éd Chêne