Mon séjour à Shanghaï

Mon séjour à Shanghaï

Après Kyoto, au Japon, j’ai passé quelques jours à Shanghaï en Chine. Le contraste entre les 2 villes et les 2 pays est saisissant, pourtant j’aime ces deux extrêmes : entre tradition et discrétion nippone, par opposition à l’audace et l’énergie chinoise. Chaque ville à sa façon recherche la même chose : l’harmonie et l’équilibre.

Une belle rencontre autour d’un thé blanc

Ce qui me fascine dans les thés chinois c’est l’infinie variété des couleurs (blanc, vert, rouge, noir/sombre, bleu/vert, jaune) et l’attention portée au travail des feuilles qui peuvent être torsadées, roulées en perle, repassées, simplement séchées au soleil et j’en passe. Hasard ou synchronicité, c’est au détour d’une balade dans Shanghaï que je rencontre un producteur de thé blanc de la région du Fujian. Ses assistantes m’offrent gracieusement un thé parfumé au jasmin, mais mon intuition m’indique qu’il y a des trésors à découvrir. Je m’installe à la table du patron et la dégustation commence avec un thé sombre/noir/cuit qui n’est pas la spécialité de la région. S’ensuit une délicieuse dégustation de thés blancs Baimudan “Pivoine blanche” qui sont les trésors du Fujian et plus particulièrement de Fuding d’où vient ce producteur. Je découvre avec ravissement un thé blanc vieilli de quelques années (Lao Bai Cha), ce qui lui confère une belle rondeur et longueur en bouche. J’apprécie la modestie et la générosité de ce producteur, dont la devise m’inspire :

“Tea forms ties of friendship and harmonizes the world”

Lao Gu Tea Home

Les jardins chinois

Dans l’art des jardins chinois, les montagnes et l’eau jouent un rôle majeur. C’est ce qui explique par exemple que lorsque je déambule dans le célèbre jardin du mandarin Yu à Shanghai, je  me perds facilement dans le dédale des chemins sinueux à travers les pièces d’eau et les rochers aux formes poétiques. Tout l’art consiste à avoir différentes perspectives d’un même lieu, dans un jardin plusieurs jardins, le regard n’embrasse jamais l’ensemble. En ce mois d’avril les bosquets d’azalées se détachent par leurs couleurs vives, fuschia, rose ou rouge, sur fond de vert tendre des jeunes feuilles de printemps.

Shanghaï, jardin Yuyuan

Shanghaï jardin chinois Yuyuan

Les raviolis de Shanghai

Mon péché mignon en Chine et plus particulièrement à Shanghaï, ce sont les raviolis ou “Xiao Long Bao”. Pour les déguster, direction l’un des restaurants de la célèbre chaîne taiwanaise Din Tai Fung, car c’est à mon avis là que l’on trouve les plus fins. Rien que d’y penser j’en ai l’eau à la bouche. La pâte du ravioli est très fine, mais suffisamment solide pour retenir le bouillon qui surprend le néophyte ou la gourmande impatiente que je suis le premier jour. Résultat je me brûle la langue et je macule mes habits, la table et les voisins avec le bouillon brûlant. Pour le déguster dans les règles de l’art, il convient de le saisir avec ses baguettes dans le panier (sans le percer ou sinon le précieux jus se répand) et le poser délicatement dans sa cuillère. Ensuite on l’incise légèrement avec ses dents de manière à aspirer le bouillon ou le laisser s’écouler dans la cuillère le temps qu’il refroidisse. Ce printemps j’ai la chance de déguster ces raviolis farcis à la truffe noire, une expérience mémorable. Cependant les xiaolongbaos farcis au porc et au chou, ou à la bisque de crabe sont déjà très très savoureux. A déguster avec  un thé oolong, comme par exemple le Beauté Orientale.

raviolis à la truffe (Din Tai Fung)

Nanshufang ou la quintessence de l’art de vivre chinois

En flânant dans le quartier Xintiandi, je suis littéralement aspirée par une galerie à la fois sobre et extrêmement raffinée. Les meubles chinois d’inspiration Ming (dynastie chinoise ayant régné de 1368 à 1644)  imposent leur élégante simplicité dans une pénombre recherchée. La décoration est minimaliste, seuls les trésors du lettré chinois parent les immenses tables de bois précieux : instruments de calligraphie mais également nécessaire à encens et table à thé.

En effet c’est le premier empereur de la dynastie Ming, Hongwu, qui révolutionna la fabrication et la préparation du thé en Chine.  Cet ancien moine  décrète la fin du thé compressé en galette et du thé en poudre fouetté, remplacés par le thé vert en feuilles infusé. Retour à plus de simplicité. Un tournant s’opère également dans la vaisselle puisque le thé désormais infusé, on assiste à la naissance de théières et de tasses raffinées en porcelaine, fabriquées dans les célèbres fours de Jingdezhen.

Après quelques recherches, je découvre également que cet élégant mobilier a été choisi par le nouvel hôtel Amanyangyun dans les environs de Shanghaï. Cette chaîne d’hôtels hors du commun (Aman) a depuis toujours ma préférence. Ils ont même créé des salles privées pour cérémonie de thé. Cela ne m’étonne guère puisque déjà dans l’hôtel Amanfayun à Hangzhou, où j’avais séjourné, une maison de thé traditionnelle m’avait laissé des souvenirs uniques…

Nanshufang @nanmustudio

Oasis de sérénité au coeur de la ville

Pour trouver le calme, le silence et quitter les rues pleines de monde et de touristes bruyants, rien de tel qu’une virée à Laoximen. Ici se trouve le temple  de Confucius ou Wenmiao délaissé des circuits touristiques. On y trouve pourtant un ravissant jardin sur un petit plan d’eau, de magnifiques bonsaïs et une petite exposition de théières chinoises de toutes les époques. Une parenthèse de sérénité au coeur de la palpitante Shanghaï.

Temple de Confucius

Mes lectures avant, pendant et après :

Notre histoire, de Rao Pingru – coup de coeur pour ce livre qui nous plonge dans la vie quotidienne d’un couple shanghaïen au coeur de l’Histoire, avec des dessins touchants à l’encre et l’aquarelle. Ed. Seuil

De l’âme, de François Cheng – un livre essentiel et subtil plein de sagesse écrit par un  poète  académicien, amoureux de la langue française, imprégné de philosophie taoïste. Ed. Albin Michel

Esthétique du quotidien en Chine, collectif sous la direction de Danielle Elisseeff – une approche originale de la Chine par plusieurs auteurs, avec des réflexions sur la beauté, le luxe, la santé, la gastronomie ou encore l’architecture. Ed. IFM

Shanghai-la-juive de Michèle Kahn – un roman qui met en lumière un épisode méconnue de l’histoire de la seconde guerre mondiale avec la fuite de milliers de juifs d’Europe vers Shanghai. Une plongée dans l’univers des gangsters qui font la loi à l’époque dans cette ville sulfureuse dont il reste trace dans certaines villas des anciennes concessions étrangères. Ed. Babelio